Mardi 26 juin 2018 - Quotidien

 

 

La date de la journée mondiale du diabète correspond au jour de naissance de Frederick Banting, chirurgien né le 14 novembre 1891 dans une petite ville du Canada. C’est dire si ce héros de la recherche scientifique symbolise l’entrée du diabète dans une nouvelle ère : celle des traitements et de l’accès à une vie normale pour les personnes atteintes.

Jusqu’au début des années 1920, le diabète de type 1 est une maladie constamment mortelle. Le seul traitement consiste en une diète extrêmement stricte, limitant au maximum l’ingestion de glucides. Ce régime, associé à l’absence totale de production d’insuline par l’organisme, mettait les patients dans un état de faiblesse et d’amaigrissement très profonds. Il permettait de survivre durant quelques années… Mais dans quelles conditions !

Frederick Banting : un destin inattendu

 

Au retour de la première guerre mondiale, Frederick Banting, qui vient de finir ses études de médecine et a bénéficié d’une formation de chirurgien orthopédiste sur le front en France, s’installe comme chirurgien libéral dans la petite ville universitaire de London, au Canada. C’est parce que sa clientèle se fait très rare qu’il prend en complément un poste de chargé d’enseignement à l’université. Il prépare ainsi des cours de physiologie, et c’est là que le hasard et l’intuition géniale de Frederick Banting vont changer l’histoire.

A l’époque, la recherche sur le diabète est proche du but, mais aucun médicament n’est réellement efficace. On sait que le pancréas produit un « facteur hypoglycémiant » que l’on tente d’isoler en broyant des pancréas d’animaux, mais sans aucun succès. En réalité, au cours de cette préparation, l’insuline était éliminée par les sucs pancréatiques destinés à la digestion. Et cette injection se révélait donc inefficace, et très toxique.

Dans la nuit du 31 octobre 1921, Frederick Banting, insomniaque, prépare un cours sur la physiologie du sucre, et potasse les publications scientifiques récentes. Il lit dans une étude que lorsque le canal du pancréas est bouché, la glande est progressivement détruite, mais les ilots de Langerhans (qui produisent l’insuline) sont intacts. Il a alors l’idée inédite de ligaturer le canal pancréatique afin d’isoler les ilots de Langerhans, en extraire la production, et l’injecter aux patients diabétiques.

Des premiers essais à la découverte de l’insuline

 

Surexcité par son idée, Frederick Banting s’adresse au Pr McLeod, professeur de physiologie à Toronto. Intéressé par l’hypothèse du jeune homme, mais d’abord réticent à donner carte blanche à un parfait inconnu, McLeod finit par céder à l’insistance du chirurgien, et le laisse réaliser ses recherches dans son laboratoire. Avec l’aide d’un étudiant en médecine, Charles Best, il va débuter les premières expériences dès mai 1921. Les deux chercheurs improvisés vont multiplier les expériences chez le chien, et les premiers résultats sont catastrophiques, la plupart des animaux mourant lors de l’intervention.

Le 1er août 1921, pour la première fois, l’injection d’un extrait de pancréas à un chien diabétique permet de normaliser la glycémie. Avec l’aide du biochimiste James Collip, le nouveau trio parvient à isoler des extraits pancréatiques de plus en plus purs et efficaces. Le 11 janvier 1922, Léonard Thompson, diabétique âgé de 14 ans et souffrant depuis l’âge de 11 ans, est le premier patient de l’histoire à être traité par extrait pancréatique à l’hôpital de Toronto. Arrivé à l’hôpital quelques jours plus tôt dans un état proche de la mort, l’état du jeune Thompson s’améliore en seulement quelques jours.

Frederick Banting connait alors immédiatement une immense gloire internationale. On lui propose un million de dollars pour acquérir les droits de la molécule. Mais répondant à des motivations humanistes plus que financières, Banting et Best choisissent de céder les droits à l’Université de Toronto pour un dollar symbolique. En octobre 1922, Banting devient, avec McLeod, le plus jeune lauréat du prix Nobel de Médecine et de Physiologie. Il est anobli en 1934 et est encore aujourd’hui considéré comme l’une des personnalités les plus importantes de l’histoire du Canada.

L’insuline : une résurrection pour les diabétiques

 

Frederick Banting était un homme doté d’une personnalité complexe, parfois colérique, et souvent passionnée. Il a été capable de changer complètement de vie au service d’une intuition d’un soir… pour le plus grand bénéfice de millions de patients dans le monde. D’un tempérament créatif, c’est d’abord vers les filières artistiques qu’il s’était tourné à l’université de Toronto, avant de débuter ses études de médecine. Il continuera cependant à peindre tout au long de sa vie.  Même après son prix Nobel, Banting vécut toujours dans le doute et l’anxiété, et complexé par ses origines modestes. A la tête d’une unité de recherche dédiée au cancer, Frederick Banting ne réitéra jamais le succès de sa découverte et mourut à seulement 49 ans le 21 février 1941 dans un accident d’avion.  

La découverte de Banting a changé l’histoire de la médecine, et on peine aujourd’hui à imaginer ce que fut cette résurrection simultanée de millions de diabétiques à laquelle ont assisté tous ceux qui vivaient avec des personnes jusque-là condamnées. L’une des patientes les plus emblématiques traitées par Frederick Banting, Elisabeth Hughes, fut sauvée le 15 août 1922. Elle était arrivée dans son service à 15 ans à l’article de la mort, et est finalement décédée en 1981 à 74 ans ! Depuis les années 1980, l’insuline n’est plus produite à partir d’animaux mais par génie génétique.

INSTIT1004ADC408-c- Avril 2018

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